Article • dimanche 18 octobre
Homélie - 29 Ordinaire A
« De qui est cette effigie ? » Chers amis, voilà la question centrale par laquelle Jésus nous interpelle. Par cette question, il débusque la duplicité de ses interlocuteurs et dévoile la réalité des choses. Dès la Création, Dieu ordonnait chaque chose. La présence de la grâce transforme le chaos. Et une fois encore, la présence du Christ réordonne le monde… La coalition qui s'approche du Christ pour le mettre à l'épreuve n'a aucun sens. Les hérodiens et les pharisiens n'ont rien à faire ensemble. D'un côté nous avons des partisans du pouvoir en place, payant l'impôt au nom d'une protection reçue. De l'autre, des défenseurs de la loi de Dieu, porte-parole d'une certaine partie du peuple qui ne supporte plus le matraquage fiscal. Rien ne semble les réunir, si ce n'est la haine du Messie, la colère contre Celui qui dérange tous leurs plans. Il faut toujours se méfier des alliances contre nature. Elles ont davantage lieu pour le mal que pour le service du bien… D'autant plus que cette coalition passe à côté de l'essentiel. Ils ont oublié leur mission. Ils sont obnubilés par des questions de pouvoir (afin de savoir qui a l'autorité pour diriger le peuple), des questions d'argent (afin de maintenir leurs avantages financiers), et des questions de savoir (afin de définir la réalité et ce qui est bien et mal)… Pouvoir, avoir, savoir : les trois grandes portes d'entrée du démon. Ni les hérodiens ni les pharisiens ne savent pourquoi, au fond, ils se posent ces questions. Ils savent que cela fait bouger les foules, mais à part ça ?… Remarquons bien que cela n'a pas changé. Nous pouvons rester à la surface des choses, être remplis de convictions sans avoir de fondements à nos réflexions : c'est le propre de toute idéologie. Nous perdons la raison de nos combats car nous perdons le sens des choses, nous oublions l'image qu'elles révèlent… Il est toujours facile d'exciter des foules, mais beaucoup moins de les aider à découvrir le sens qui transcende l'univers… C'est alors que le Seigneur, une fois de plus, vient à notre secours. « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Cette question, il la pose pour la pièce d'argent, mais ce faisant il nous invite à poser cette même question sur toutes choses. Car chaque chose sert son maître, celui qui l'a voulue… Plus fondamentalement encore, cette question de l'effigie se pose sur l'homme lui-même. L'homme créé à l'image de Dieu. L'homme marqué du sceau de l'Esprit-Saint par le baptême. L'homme recréé par l'incorporation au Corps du Christ. Tout en l'homme révèle Dieu. Tout en lui parle de Dieu. Et c'est ainsi qu'il faut « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Oui, nous pouvons payer la taxe à l'empereur, ce n'est pas de l'idolâtrie. Mais il est surtout bon de redonner à Dieu ce qui Lui appartient : l'homme lui-même. Lui rendre notre conscience, notre volonté, notre amour. C'est un acte de justice… C'est là que se trouve l'essentiel de la mission du Christ : non pas donner crédit à tel gouvernement ou à telle révolte. D'ailleurs, Il se démarque de ceux qui confondent la liberté souveraine avec une révolte ouverte a priori contre le pouvoir politique, même lorsque celui-ci n'est pas toujours juste… Ce qui compte pour notre Seigneur, c'est le salut des hommes. Et ce salut ne commence pas par une question politique, aussi importante soit-elle, mais par une question existentielle : qui est l'homme ? Chers amis, c'est par cette entrée que nous pouvons saisir la distinction qui semble manifeste entre le pouvoir de César et le pouvoir de Dieu. Ce n'est pas une séparation, car Jésus rappelle le primat de Dieu. Cette distinction veut remettre chaque chose à sa place et rappeler que toute question d'organisation politique ne peut que partir d'une seule interrogation : qui est l'homme ? Qui servons-nous ?… C'est bien ce sens qui permet de choisir ce qui est juste et bon au niveau de l'impôt, ou de toute autre chose d'ailleurs. Tout est au service de ceux qui portent l'image de Dieu. Et c'est bien lorsque nous perdons la reconnaissance de cette « effigie » qui nous marque tous que nous entrons dans l'hypocrisie des accusateurs du Christ. Ils ne se laissent plus éclairer par la vérité mais cherchent leurs propres intérêts. Ou plutôt, ils ne connaissent pas leur véritable intérêt : être pleinement hommes, afin de participer à la vie de Dieu. Chers amis, une alliance entre les hommes, une alliance entre différents groupes ayant des visions différentes, n'est possible qu'en repartant de la découverte de l'image inscrite en l'homme. En perdant le sens de Dieu, nous perdons le sens de l'homme. En nous éloignant de Dieu, nous nous éloignons de nous-mêmes. C'est bien ce que nous espérons conjurer par la grâce : sortir de l'animalité et redevenir pleinement hommes… En cette année d'élection, il nous est bon d'approfondir sérieusement cette interpellation du Christ : « De qui est cette effigie ? » Afin que nous puissions ensuite obéir au commandement du Seigneur dans toutes les dimensions de notre vie : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Amen.
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