Paroisse des Saints Evêques de Nantes
LA SOUMISSION DU CHRÉTIEN LE TRANSFORME-T-ELLE EN CARPETTE ?
Nous lisons dans la lettre aux Hébreux que « le Christ fut exaucé en raison de sa soumission. (He 5,7) ». Et dans le Catéchisme pour adultes des évêques de France au n° 263 que : « La vie sacrificielle du Christ devient la loi de la vie sacrificielle du chrétien ». La suite du Christ oblige-t-elle le chrétien à se soumettre, ie : à se transformer en carpette ? Un passage d’une homélie du cardinal Ratzinger devenu le pape Benoît XVI doit pourvoir nous éclairer.
« Dans un premier temps nous sommes enclins à résister à une telle formulation. Elle pourrait nous apparaître extravagante et, en dernier ressort, exagérée et peu véridique. Mais cela vient du fait que nous avons un concept erroné du sacrifice, comme s’il impliquait presque un tourment sans fin que l’homme considère pour quelque raison comme une forme de dévotion envers Dieu. Ou comme s’il désignait quelque chose que le Christ a déjà accompli, et vis-à-vis duquel il n’y ait besoin de rien d’autre et qu’il ne soit plus possible de rien ajouter.
Les paroles de Saint Augustin devraient nous faire sortir de cette attitude : « Voilà le sacrifice des chrétiens : nombreux, ils ne forment qu’un seul corps dans le Christ. »
Dieu ne veut pas quelque chose de nous, il n’a besoin de rien ; c’est lui qui est le Créateur de toute chose. Il veut de nous ce que seule la créature peut lui donner de nouveau : notre amour. Et donc le sacrifice ne signifie pas tel ou tel tourment, telle ou telle performance, il implique au contraire que l’on sorte de la loi fondamentale de l’égoïsme, de l’affirmation de soi, de la volonté d’appartenir à soi-même, et que l’on se soumette à la loi nouvelle de Jésus-Christ, qui est l’homme donné aux autres et le Fils du Père dans l’échange éternel de l’amour trinitaire. Et c’est justement parce que nous n’y parvenons pas seuls que le sacrifice des chrétiens réside en cela : nous laisser miséricordieusement prendre par la main par le Christ et nous laisser introduire dans l’intime unité de son organisme, la sainte Église, pour devenir ainsi, dans l’unité avec lui, semblables à Dieu. Dieu lui-même, en effet, n’est pas un moi replié sur lui-même mais il n’existe que dans la réalité du don réciproque entre le Père, le Fils et l’Esprit. Devenir sacrifice signifie se laisser entraîner dans ce mystère et donc boire ainsi le vin de la fête de Jésus Christ, le vin de la divinité.
À partir de là, nous pouvons alors comprendre l’effort nécessaire pour chaque jour nous laisser extraire de notre moi replié sur lui-même et nous laisser insérer dans l’ensemble de son Corps. Ce n’est pourtant pas l’effort qui est la chose principale et fondamentale, mais bien plutôt cette réalité de la transformation qui nous fait entrer dans le mystère de l’amour trinitaire. Plus nous gardons cette grande et nouvelle réalité présente à notre esprit, plus nous parviendrons à considérer la nécessaire fatigue quotidienne comme un don qui nous rend riches et libres et non comme un tourment qui nous limite et nous avilit. »
« Dans un premier temps nous sommes enclins à résister à une telle formulation. Elle pourrait nous apparaître extravagante et, en dernier ressort, exagérée et peu véridique. Mais cela vient du fait que nous avons un concept erroné du sacrifice, comme s’il impliquait presque un tourment sans fin que l’homme considère pour quelque raison comme une forme de dévotion envers Dieu. Ou comme s’il désignait quelque chose que le Christ a déjà accompli, et vis-à-vis duquel il n’y ait besoin de rien d’autre et qu’il ne soit plus possible de rien ajouter.
Les paroles de Saint Augustin devraient nous faire sortir de cette attitude : « Voilà le sacrifice des chrétiens : nombreux, ils ne forment qu’un seul corps dans le Christ. »
Dieu ne veut pas quelque chose de nous, il n’a besoin de rien ; c’est lui qui est le Créateur de toute chose. Il veut de nous ce que seule la créature peut lui donner de nouveau : notre amour. Et donc le sacrifice ne signifie pas tel ou tel tourment, telle ou telle performance, il implique au contraire que l’on sorte de la loi fondamentale de l’égoïsme, de l’affirmation de soi, de la volonté d’appartenir à soi-même, et que l’on se soumette à la loi nouvelle de Jésus-Christ, qui est l’homme donné aux autres et le Fils du Père dans l’échange éternel de l’amour trinitaire. Et c’est justement parce que nous n’y parvenons pas seuls que le sacrifice des chrétiens réside en cela : nous laisser miséricordieusement prendre par la main par le Christ et nous laisser introduire dans l’intime unité de son organisme, la sainte Église, pour devenir ainsi, dans l’unité avec lui, semblables à Dieu. Dieu lui-même, en effet, n’est pas un moi replié sur lui-même mais il n’existe que dans la réalité du don réciproque entre le Père, le Fils et l’Esprit. Devenir sacrifice signifie se laisser entraîner dans ce mystère et donc boire ainsi le vin de la fête de Jésus Christ, le vin de la divinité.
À partir de là, nous pouvons alors comprendre l’effort nécessaire pour chaque jour nous laisser extraire de notre moi replié sur lui-même et nous laisser insérer dans l’ensemble de son Corps. Ce n’est pourtant pas l’effort qui est la chose principale et fondamentale, mais bien plutôt cette réalité de la transformation qui nous fait entrer dans le mystère de l’amour trinitaire. Plus nous gardons cette grande et nouvelle réalité présente à notre esprit, plus nous parviendrons à considérer la nécessaire fatigue quotidienne comme un don qui nous rend riches et libres et non comme un tourment qui nous limite et nous avilit. »
Joseph Ratzinger Benoît XVI +

